Appel de quelques jeunes humains assiégés

Publié le par Neige



Nous, on veut vivre


écrit le 19/05/08 à 15:51:21
Mouvement lycéen printemps 2008 - Grenoble


Jeudi 15 Mai 2008, Grenoble : le centre-ville est le théâtre de plusieurs heures d'affrontements entre quelques milliers de manifestants et les forces de l'ordre. Manifestations sauvages à répétition, lancer de canettes, de pommes pourries, ou de caillasses d'un côté, contre flashballs et grenades lacrymogènes à outrance (plus de 250 tirées dans la journée) de l'autre. L'énergie, l'entêtement et l'endurance des manifestants ont marqué les esprits et notamment ceux des tenants de l'ordre établi, qu'ils soient policiers, journalistes ou syndicalistes. Et de s'indigner plus ou moins ouvertement contre "ces pratiques qui ne mènent à rien", cette "routine des affrontements", de stigmatiser des "militants anarcho-libertaires manipulateurs". Avec, au bout, toujours les même questions : "mais pourquoi vous faites ça ? "; "qu'est-ce que vous voulez ?".
Ce qu'on veut ?

Nous, on veut pas finir policier.

Lors de la dernière manif' lycéenne, Jean-Claude Borel-Garin, directeur départemental de la sécurité publique et commissaire central de Grenoble, a fait la morale aux manifestants pour leur expliquer comment réaliser une manif' "réussie". C'est normal, il s'y connaît : c'est un homme qui a tout "réussi". Ancien numéro 2 du Raid, il vient d'être nommé "contrôleur général", un des plus hauts grades de la Police. Ayant grandi dans la cité ouvrière et populaire de Jean Macé, parmi les pauvres; il est maintenant bien installé parmi les dominants, habitant une maison chic dans les hauteurs embourgeoisées de Corenc. On comprend donc tout l'intérêt qu'il a à ce que les manifs soient "réussies", c'est-à-dire inoffensives pour les dominants.

Sans doute un modèle pour Amin Boutaghane, directeur des Renseignements Généraux de l'Isère et chevalier de la Légion d'honneur, ou Dorothée Celard, 26 ans et Commissaire-adjoint de sécurité-proximité de Grenoble à la tête de 400 policiers.
Ces différents exemples de "réussite" nous font vomir. Une vie passée à la défense de l'ordre établi, de l'Etat et des dominants. Une vie à ficher, interpeller, réprimer les pauvres, les fouilles-merdes, les pas normaux, les engagées, les enragés. Merci, très peu pour nous.
Nous, on ne veut ni de piscine à Meylan, ni de Légion d'honneur, ni de salaires mirobolants. Nous ne cherchons pas à avoir une vie "réussie" mais à réfléchir à comment la vie pourrait valoir le coup d'être vécue.

Nous, on veut pas finir au Daubé (ni à Libé).

Le Daubé, qui ajoute ses notes au concert médiatique nauséabond sur les "évènements" de mai 68, mais qui dénigre la page d'après les manifestations de colère actuelles.
Le Daubé qui ne manque jamais d'enthousiasme et d'entrain pour relater telle inauguration, tel match de rugby, tel débat chiant à mourir. Mais qui à propos des manifestations sauvages parle, avec dédain, de "routine".

Non, ce n'est pas ça la routine. La routine, c'est le travail quotidien des Denis Masliah ou Vanessa Laime, "journalistes" au Daubé en faits divers. Être obligé de se torturer l'esprit pour trouver quelques traits d'humour afin d'agrémenter les informations brutes - jamais vérifiées - de la Police; voilà bien un triste métier. On comprend dès lors qu'ils méprisent celles et ceux qui tentent de sortir d'une routine, de vivre intensément.

La routine, c'est aussi "Grenews", dernier rejeton du Daubé, qui court après les "jeunes qui bougent" qu'ils soient footeux, artistes ou contestataires pour tenter de grappiller de nouveaux lecteurs et ainsi satisfaire les publicitaires. Vendre du temps de cerveau disponible à Ikea, Renault, ou au Summum, voilà toute l'ambition politique du Daubé.

La routine, c'est l'inverse de ce que devrait faire des journalistes. Un travail d'enquêtes et d'investigations pétri d'esprit critique bien loin de la production de lèche-cul-des-autorités du Daubé. Nous, on a soif de véritables informations. On veut comprendre le monde dans lequel on vit. Pas celui des élites, le vrai.

Nous, on veut pas finir à la CGT.

Quelle tristesse que le spectacle de ces cortèges mous, transpirant la certitude d'être entrain de tout perdre. Quelle désolation que de s'apercevoir que les intérêts du pouvoir et des responsables syndicaux sont liés; et qu'ils s'entendent très bien pour ne pas faire déborder les luttes des cadres établis, pour qu'elles ne remettent pas trop en cause le système. Quelle consternation que de voir les ex-responsables syndicaux lycéens ou étudiants rejoindre les structures du pouvoir (par exemple, au niveau local, Laure Masson et Hélène Vincent, anciennes responsables de l'Unef, aujourd'hui adjointes au maire de Grenoble).

Nous, on veut pas, dans 20 ans, se retrouver à défiler pour s'indigner contre le passage à 53 années et demi de cotisations, puis remballer nos autocollants et banderoles deux manifs plus tard, après que nos dirigeants aient obtenu des "garanties" du gouvernement. Nous, si l'on sort dans la rue, c'est parce que l'on étouffe dans les règles et normes de cette société; et qu'on veut la changer, ici et maintenant.
"Discours, merguez et traditions. Elle est pour quand, la révolution ?"

N'en déplaise à ceux qui aimeraient bien nous catégoriser ("jeunes radicaux", "révolutionnaires", "anarcho-libertaires", "ultra-gauchistes", "casseurs", "adolescents attardés", "totos"....), nous ne rentrons pas dans des cases. Différents, multiples, non réductibles à une appellation, nous sommes unis par le refus de la fatalité et la volonté d'essayer d'ouvrir des possibles, loin des trottoirs battus.

Pas naïfs pour autant, nous sommes bien conscients que coincés entre la BAC et le Bac, ce mouvement-ci va peut-être mourir petit-à-petit. Mais ce sera pour mieux revenir plus tard. "Back dans les bacs".

Avec toujours la même volonté de relancer l'économiste le plus loin possible et de libérer nos vies du culte du fric, de la marchandise, et de la nouvelle-réalité--mondiale-à-laquelle-il-faut-s'adapter.

Avec toujours la même volonté de résister avant que les dernières "innovations" technologiques (vidéosurveillance, biométrie, puces implantables sous la peau, drônes...) rendent suicidaires toute opposition au pouvoir.

Nous on a des rêves
De grèves sans trêves où l'on trouve du groove
D'instants intenses dépassant les interdits installés
Face à la morne mélancolie, on veut remplir nos vies de poésie
Même dans les tracts et pouvoir aux bas mots
Casser la barack, comme Obama.
Nous avons toute la vie pour ne pas nous contenter de notre sort
Nous aurons toute la mort pour ne pas avoir de remords


Nous, on veut vivre.





Premiers signataires :
Association "Place de Verdun : J'y suis, j'y reste"; groupe "La Rue Kinousappartient"; A l'Attac 38; Solidarité Bande de Gazage; Union "Touche pas à ma rue"; Comité pour un gazage sans OGM; mouvement "Guerre sociale et amour fou"; comité "Passe sur la BAC d'abord"; club "GF 38" (Gazs vs Fumigènes 38); Michel et Olivier (Derniers Poilus de la Bataille de Verdun); parti NPA (Noix et Pommes Avariées), Michael scofield de Prison Break, union syndicale CRS (Citron, Rage et Sérum phy); groupe-Facebook "Salut, ça gaze ? ", collectif unitaire "Un jour, j'irai au Rectorat avec toi..."; Ligue des Droits des Pommes, Association "Arrêté, crie ton nom" (ACTN), Réseau FTC (Fous Ta Cagoule), FIDL Gastro, Front de Libération des Rues, fan-club de Magali Coppere...


http://grenoble.indymedia.org/index.php?page=article&filtre=1&droiteA=1&numpageA=1&id=6716

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dogood 23/05/2008 10:17

salut neigeJ'ai regardé Les Réfugiés de la Planète Bleue. J'essaie de passer le moins de temps possible devant l'écran du PC, mais là, je n'ai pas pu faire autrement. Sur le Brésil et les plantations d'eucalyptus, entre autre servant à fabriquer du PQ, on est au-delà de l'horreur! On est dans la négation, dans l'ignominie pure et simple. Songez-y: pour que nouzautres occidentaux puissent se torcher le Q tranquille, on a implanté des méga-usines au Brésil, chassant littéralement des familles entières sur des centaines de milliers d'hectares, pour y planter des eucalyptus traités au DDT, pour fabriquer du PQ... Bien sûr, on en finirait pas de dénombrer les horreurs, la corruption, la cupidité, mais là, symboliquement, c'est quand même tres tres bas.Ce que tu dis est vrai, Neige, le pillage a été violent. "a été"? Tu sais, le langage est significatif, même si limité. et les mots que tu emploies sont là: "a été", "va falloir"... Si je traduis, "ils" ont pillé la nature, "nous allons devoir" régir. Je pense que nous avons là le fruit, et ne m'en veux pas de dire ça, du plus subtil conditionnement que la propagande ait jamais produit. or, pour détruire cela, se déconditionner, rien de plus simple, dans la réflexion et l'écriture pour commencer. Remettre les choses à l'endroit. ça donne:- ils sont en train de piller les ressources naturelles. Bien sûr, cela a commencé dans le passé, mais c'est aussi, plus cruellement que jamais, actuel, maintenant, à chaque minute qui passe.- Nous devons réagir maintenant, pas demain. Ce que les lycéens font, bien sûr, les grévistes, les lanceurs d'alertes, tant d'autres qui agissent au quotidien. Mais individuellement, il y a quand même des gestes simples. Y compris des gestes intellectuels: penser au présent, ici et maintenant. C'est à l'interieur que cela commence. Évidemment, il est tres difficile de ne plus se déplacer, de ne plus utiliser internet, de ne plus faire ses courses au supermarché, de ne plus utiliser un téléphone portable, de ne plus se torcher, mais il est tellement plus facile de ne plus penser, ou bien de penser que demain, nous ferons ceci ou cela.Désolé de la longueur. les mots vous appartiennent. vos histoires vous appartiennent.Merci pour le site et la Voix.:)

Neige 23/05/2008 12:52


C'est vrai, tu as tout à fait raison. C'est mon "point de vue d'Elfe" qui m'a mis dedans ^^
Je m'explique : en 1994, j'ai compris que ça allait sérieusement mal tourner avec ce système économique, les villes devenaient irrespirables (pour moi), et manifestement toxiques pour mes enfants
(petits à l'époque). Je me suis repliée vers la campagne. En 2000, j'ai eu la chance de pouvoir faire construire une maison (en bois) et je l'ai conçue en fonction du futur réchauffement climatique
: à l'époque, on me prenait pour une illuminée. Mais je pense à ce genre de choses... avoir un peu de terre saine (là où je vis, je ne touche pas au biotope), une personne dans la maison capable de
s'occuper d'un cheval, etc. Le futur n'est pas si difficile à lire quand on est attentif.

Car aujourd'hui, je vois ce qui se passe avec le pétrole... je me suis intéressée au peak oil à partir de 2004... période où il était soit nié, soit prévu pour la fin de ce siècle. Nous en sommes
au moment où les milieux spécialisés (AIE) commençent à le reconnaître, donc cela ne tardera pas - et de toutes façons, vu l'augmentation du prix du pétrole, auquel TOUTE notre société est liée,
l'industrie (et donc le pillage) va se ralentir, puis s'arrêter, peu à peu. La terre va enfin respirer. A chacun de nous de faire que cela se passe le plus pacifiquement possible (et c'est cela le
plus rude, car on nous a imposé une idéologie de la division et de l'isolement).

Pour moi, le futur est clairement celui des retrouvailles humaines et des tribus. En fait, mon esprit y est déjà à l'oeuvre. Et si j'ai employé ce passé au lieu du présent, c'est parce que je te
parlais de là : en ce qui me concerne, ce système inique et mortifère est déjà mort.

(quant à Internet, j'espère qu'il survivra, car c'est un outil de liberté qui permet aux non-gouvernants de se relier et de s'organiser, de trouver de l'information vraie... ce qui s'y passe
actuellement compte beaucoup dans le basculement idéologique - mais l'installation de panneaux solaires partout où c'est possible est urgente - et il est urgent aussi de reviser les méthodes de
fabrication, pour concevoir des composants durables, réparables - et non *calculés* pour être jetés et remplacés au bout d'un temps le plus court possible)








danielle 23/05/2008 00:41

Ce texte est superbe,j'ai honte de ce pays qui traite sa jeunesse,et tous les sans ,de maniére si brutale,                                                      Respect et solidarité pour vos actions,                                              Que des jeunes refusent l'avenir d un monde injuste programmé,par une maffia ,dont le chef ne sera jamais mon président,que ces jeunes envahissent les rues en hurlant leur rage ,me redonnent l'espoir mais naturellement m'effraye,car je les trouve bien isolés face à la police et je ne peux m'empécher de penser comme Brassens:mourir pour des idées d'accord ,mais de mort lenteAlors ,si je puis me permettre ,prenez soin de vous !     Une toujours enragée à 68 ans

Neige 23/05/2008 00:58


Ils ne seront pas isolés si nous parlons d'eux partout où c'est possible... et chacun de nous qui peut le faire, y compris ici sur Internet, aura contribué à les aider. la Résistance est
multiforme, chacun fait en fonction de ses moyens, mais il fait... et c'est l'essentiel !

Amicalement


dogood 22/05/2008 18:25

first of all: jetez loin ces putains de téléphone portable!

Neige 22/05/2008 19:55


c'est vrai, il va falloir apprendre à déconsommer... mais la planète elle-même va nous y aider, car elle ne peut plus rien donner tant le pillage a été violent

sinon, petit tour sur votre site, merci pour le téléchargement gratuit :)
et le chanteur a une vraie voix !