Frères Humains (2) - Chercher les responsables ?

Publié le par Neige

Lorsque j'avais 14 ans, en cours d'Histoire, j'ai découvert la période nazie et la Guerre de 39.
J'en ai été dévastée.

Néanmoins, quelque chose ne collait pas dans le discours du professeur : ceux qui avaient commis ces ignominies étaient, principalement, "les Allemands".

Je faisais de longues insomnies, je réfléchissais. J'avais eu deux héros pendant mon enfance, pas si lointaine : Thierry la Fronde et Daniel Cohn-Bendit.

Et Dany était allemand... tout ça n'avait aucun sens.

Puis une nuit, j'ai compris : ce n'étaient pas les Allemands, c'étaient des *êtres humains* qui s'étaient conduits (en pleine conscience semble-t-il) de manière aussi répugnante. Des êtres humains comme moi... alors, tout devint lumineux : je devrais faire partie de ceux qui veilleraient à ce que cela ne se reproduise plus, puisque je portais en moi le même germe malsain qu'eux. Sans doute caché dans un coin obscur de mon cerveau reptilien, mais là, présent, sans aucun doute.

En acceptant ma pleine responsabilité vis à vis de ma nature humaine, je retrouvais une sorte de cohérence. Une paix vigilante... mais aussi à l'égard de moi-même.

D'autre part, le capitalisme a ceci de pervers que dans tous les domaines, il divise pour régner, comme curieusement animé par une volonté propre (je dis "capitalisme" car un mot désignant un système d'asservissement ne peut -en ce qui me concerne- porter un suffixe signifiant liberté. Liberalisme ? Les mots ont un sens - et ici c'est un contresens). Tout ce qui protège, sépare, "autonomise", déplace, puis réunit pour atténuer notre souffrance ... se vend cher. La parcellisation de la société en individus les plus seuls possibles est d'une extrême rentabilité. Mais moi aussi j'ai un téléphone portable, je ne suis pas indemne, j'ai marché dans la combine.

Nous sommes contaminés par cette idéologie désormais mondialisée, qui passe inlassablement en sous-discours dans tous les médias - et dans tous les domaines que nous cultivons. Nous sommes contaminés - et contaminants. Il y a "eux", et il y a "nous".

Mais y-a-t-il des êtres "nocifs" qui organisent cela ? Non. Ou très peu. Et leur seule force, c'est que nous tous, nous plions devant l'autorité. A tous les niveaux de hiérarchie, nous mettons le plus souvent à notre tête des agressifs, des manoeuvriers, des violents, des egotistes, des autoritaires... Les personnes compétentes et respectueuses de l'autre qui gagnent un poste de responsabilité par leur sagesse pondérée ont peu de chance de tenir longtemps : très souvent la première cabale leur est fatale. Les hommes de Paix comme Gandhi ou Martin Luther King déclenchent tant de haine qu'ils finissent régulièrement assassinés... Et nous, nous n'osons pas nous lever, en de multiples petites circonstances de la vie, pour dire calmement : "cela ne doit pas se passer ainsi, c'est injuste et incorrect, nous refusons".

D'ailleurs quand on tente l'aventure, on se fait vite évacuer comme n'étant pas "sérieux". Les gens "sérieux" pourtant, ce sont eux qui décident qu'il est préférable de détruire la planète pour s'enrichir - et logique de déclarer des guerres à des peuples opprimés par un tyran. J'ai très peur des gens "sérieux", ils sont tout à fait farfelus et dangereux.

Dans ce cas précis, j'essaierai donc de dire, mais ce n'est pas facile (et cela risque de vous fâcher), que pour nous en sortir la tête haute, désormais, il faut que nous nous sentions entièrement responsables de ce qui est arrivé aux Chinois. Parce que cela vient d'un renoncement et d'une soumission qui est aussi *en nous*. Nous avons toujours laissé faire, là et ailleurs.

Si nous n'y allons pas, nous créerons une crise, certainement, mais elle passera, le business reprendra... et nous nous autoriserons, une fois encore, à oublier.

Si nous y allons pour observer et témoigner, pour dire ce que nous voulons, sans fard, même devant des êtres dangereusement soumis à l'autorité - et quoi que cela nous coûte - tout cela ne pourra pas être oublié. Et il y aura des conséquences.

Dany demande de "foutre le bordel aux JO de Pékin"... j'aime bien le regarder quand il dit ce genre de choses, ça me fait sourire... après tout, peut-être avons-nous encore besoin de *héros* pour nous rendre -enfin-  l'énergie de relever la tête ?

 

 

 

 

Commenter cet article

Jean Claude Goujat 10/06/2008 14:08

La haine?mais les grands de ce monde appelons les comme ça agissent sans haine.Seuls les guides leurs intérêts financiers.La haine ils déléguent ça  à leurs sbires qui en ont besoin pour assoir leur domination,leur soif de toujours plus.Pour rester en place et continuer à servir leurs maitre le capitalisme,ils divisent avec la haine:haine de l'autre,haine de la diversité,haine raciale,haine du pauvre.Ils distillent ça dans toute la société et qu'est-ce que nous avons pour nous défendre?nous sommes dans une étrange période.Un communiste résistant aux heures noires de l'occupation disait ceci:"nous devons haïr le nazisme autant qu'il nous hait,nous devons hair sonon nous ne gagneront pas et l'humanité sombrera dans la nuit.Le devoir de tout homme qui veut la liberté est de haîr l'ennemi"Ou en sommes nous aujourd'hui?

Neige 11/06/2008 00:05



Personnellement, je trouve que Bush transpire la haine, comme beaucoup de gouvernants autoritaires. Et qu'il existe des haines non explicites, mais bien réelles, qui animent beaucoup de ceux qui
font du mal aux gens et qui détruisent, une sorte de "haine de la vie" en fait... le gros des troupes étant sans doute formé par des indifférents, des lobotimisés qui ne voient que leurs intérêt
personnels.

Quand à la haine nécessaire à la Résistance... ?

Manoukian écrivait, avant d'être fusillé : "je meurs sans haine pour le peuple allemand"

Et j'irai même plus loin dans la réflexion : la haine en tant que sentiment invasif, dévorant, te rend irrationnel.

La stratégie du "sage" qui lutte pour la liberté c'est : le mot juste, l'action juste, au moment juste... la petite poussée qui déplacera le centre de gravité des événements parce qu'elle tape
exactement là où il faut.

Pour réussir ça, il faut observer et encore observer - et avoir l'esprit clair, libre, déterminé. Comme il est dit : "le bon archer atteint sa cible avant même d'avoir tiré".

La haine, dans ce contexte de "maîtrise de ses énergies" est simplement un handicap qui t'empêche d'obtenir cette "pureté de l'action" - et cette efficacité.



Jean Claude Goujat 08/06/2008 20:43

Tout le monde se méfie du pouvoir,mais celui çi ne se fait-il pas puissant,trop puissant par un déficit de démocratie?Et bien sur que des haines peuvent naitre sur des coléres.Mais est-ce que nous sommes capable de les surmonter ces haines?Parce qu'il nous faudra bien le prendre et l'assumer ce pouvoir et le créer ce rapport de force collectif,si nous voulons changer les choses..Rapport de force,force ces mots ne te plaisent pas,à moi non plus,mais l'adversaire,parce qu'il y en a un s'appele argent,pyuissance,gout du pouvoir,domination et il nous laisse pas le choix

Neige 09/06/2008 01:13


alors là, tu touches au coeur du problème
l'adversaire, je te le disais, pour moi... c'est la haine

la haine est partout, dans toutes les communautés, dans tous les partis... chez les riches ou chez les pauvres, elle trouve ses serviteurs... elle n'a ni drapeau ni couleur, ou plutôt elle les
a tous ! ... et depuis des siècles, elle rencontre ceux qui la combattent sur son chemin - dans ces mêmes endroits.

elle n'est pas la colère, car la colère peut être légitime et aboutir à la fin d'une injustice

elle est séduisante et contaminante, mais elle ment - car son aboutissement logique est la destruction de l'humanité.

à partir de là, chacun est entièrement libre de choisir son camp.

mais la violence, comment se positionner ? mon fils sera lycéen l'année prochaine, il n'est pas du genre moutonneux... quand je vois ce qui s'est passé à grenoble, dans un silence total des
médias, je sais déjà ce qu'il risque... et je sais que je ne l'admettrai pas.

mais je suis incapable de dire aujourd'hui ce qu'en pratique j'estimerai juste de faire.


Jean Claude Goujat 07/06/2008 20:42

Je viens sur ce site grace au Yéti mais je ne suis pas sur que tu ai gagné quelque chose!Et oui,il n'y a pas de monstre,ni les nazis,ni les militaires en algérie,en Argentine au Brésil.Il s'agit bien d'humain,même Fourniret.Par quel abbération de l'esprit en sont-ils arrivés là?personne ne sait et surtout pas les psy!Du chemin à faire avant de sortir de l'animalité et la j'ai un doute,les animaux tuent pour manger,sauf les primates.Quant à Daniel Cohn-Bendit je ne partage pas ton engouement.Voila quelqu'un qui a bien profité du recyclage ...politque.Et son appel à foutre le bordel en Chine ne s'accompagne pas du même appel pour l'Europe,tu sais ce machin qui impose en douce des textes qui ont été rejetés par les peuples en général,français en particulier et à laquel il a amplement participé.Vue particuliére de la démocratie.Pas plus d'ailleur que d'aller à Guantanamo.Etrangement sur les mêmes positions que Ménard et son innéfable "association" financée par la CIA,enfin pas directement mais c'est tout comme.68 est loin,trés loin,surtout pour lui.Et le trublion est devenu trés trés conventionnel.Enfin je ne lui en veux presque pas

Neige 07/06/2008 22:25


si tu lis ce que j'écris là : oui, c'est cette prise de conscience que j'ai eue à l'âge de 15 ans... tout cela est en chacun de nous, ce qui veut dire que ma responsabilité telle que je
l'ai comprise, c'était tout d'abord de regarder en moi-même
cohn-bendit, là-dedans, c'était le héros d'enfance, que je mets sur le même plan que thierry la fronde, c'est à dire "un héros de fiction dans les yeux d'une enfant"
je n'ai pas tellement suivi ce qu'il faisait ces derniers temps, à part cet appel que je trouve sympa, parce que tripal, toujours un peu candide, enfantin, comme ce regard qu'il avait autrefois
face à l'autorité (photo que j'ai mise en vignette)... mais comme tous les gens qui s'enrôlent sous une bannière, il doit être amené à faire des "concessions"... et là, on sait où ça commence, mais
jamais où ça s'arrête
je n'ai jamais appartenu à aucun parti parce que justement, je veux être libre de dire ce que je veux, et non me conformer à une ligne de pensée, fut-elle insoumise
en même temps, je reconnais le paradoxe : l'union fait la force... mais peut-être que je ne veux pas de ce type de force ? parce qu'il amène à prendre le pouvoir ? et que je me méfie du pouvoir
en lui-même ?.. je ne sais pas, je suis loin d'être parfaite et je ne demande à personne de l'être, vu que c'est impossible.
cet après-midi, je répondais à un correspondant qui m'envoyait la traduction du journal de ses aïeux, simples instituteurs en pologne pendant la dernière guerre, qui furent
persécutés pour d'obscures raisons de nationalités... je lui disais :
Ces histoires effrayantes qui brisent des gens honnêtes, quel que soit le lieu, quelle que soit l'époque et les protagonistes... elles se ressemblent toutes. Et leur origine est toujours la
même : un germe de haine qu'on a laissé se développer jusqu'à ce qu'elle devienne incontrôlable et dévore tout autour d'elle, qu'elle prenne le pouvoir sur des pays, voire des continents entiers.
La guerre et les massacres sont en quelque sorte des "champs immatériels" de haine. Immatériels, invisibles, mais d'une puissance redoutable, dont le fonctionnement s'apparente à de la
contamination.
La haine a des alliés, ceux qui la nourrissent bien sûr, mais aussi ceux qui la minimisent et la relativisent dans leurs discours, voire la défendent comme "normale" dans certaines
circonstances.
Ou l'utilisent dans un but de profit.
Tout va si vite en ce moment, la tâche est rude. Mais je crois à la force du libre-arbitre, seule arme qui permette de dire résolument "non" à la contamination, et "non" à toute violence, toute
injustice.voilà, c'est tout ce que je peux en dire - et je sais bien que pour un esprit rationnel ce n'est pas satisfaisant... ^^
Amicalement


mika 07/06/2008 09:08

non non capital liberal n'est pas un contre sens. capitalisme libertaire le serait evidemment.
par liberalisme il est clairement entendu liberté d'entreprendre :
liberté d'entreprendre n'importe quoi n'importe comment sans la moindre contrainte humaino-socio-environnemental, à la condition sine qua none que cela rapporte des dollars aux entreprises.
l'ambiguité de ce terme purement economique est évidemment utilisée sans retenu, ça aide à oublier le vrai mot...

libertaire n'est pas libéral. libéral n'est pas libertaire,

c'est une confusion à dévoiler aux masses.

Neige 07/06/2008 11:43


bonjour mika...

tout à fait d'accord sur la confusion entretenue à propos du mot "libéral" (et sur sa différence avec le mot libertaire)...
j'utilise quand même régulièrement le terme "d'ultra-libéralisme" parce qu'au moins les gens comprennent de quoi on parle, même si je n'admets toujours pas l'utilisation éhontée de ce suffixe pour
un système qui tend à devenir totalitaire...
j'ai lu quelque part "qu'il serait plus juste d'utiliser le terme de financiarisme" pour le libéralisme économique - et je suis d'accord... parce que c'est bien de cela dont il s'agit : on
ne met plus l'être humain au centre de la société (ce qui serait normal) mais la finance (ce qui conduit aux pires injustices et exploitations)
amicalement