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Journal et Contes de Neige, réfugiée dans sa Forêt ombreuse.
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Vendredi 11 mars 2011 5 11 /03 /Mars /2011 11:50

 

 

Il faudra bien qu'un jour on admette la détestation de ce système ultra-capitaliste pour les créateurs de petites entreprises inventives, sociales ou qui font sens pour la collectivité.

 

Il leur oppose une administration bureaucratique de type soviétique (et même pire, d'après les personnes qui ont connu ce régime), il faut donc se "surarmer" pour passer l'écueil, ce qui n'est bien sûr pas possible à la majorité des gens qui auraient besoin de travailler.

Eux, tout est fait pour les isoler, alors même que des structures de "rassemblement" sont indispensables pour se défendre efficacement. Le régime d'auto-entrepreneur est à ce titre le pire des abandons : vous vous retrouvez entièrement seul(e) face aux énormes machines administratives qui sont là pour vous entraver, vous contrôler, vous compliquer la vie. Pour vous, la dérégulation n'existe pas et n'existera jamais, la moindre de vos actions fera l'objet de suspicion, des heures entières de travail seront consacrées à simplement... prouver votre honnêteté. Vous porterez sans aucune aide une charge mentale si pénible que, tôt ou tard, à moins d'être un colosse psychologique, vous vous découragerez. 

 

La manière dont la "Loi pour la confiance dans l'économie numérique" place l'URSSAF dans la liste des organisme pouvant réclamer des données personnelles aux FAI sans autre forme de procès est tout aussi caractéristique.

http://www.ecrans.fr/L-internet-francais-sous-haute,12148.html

 

Dans ce "paquet" contre le terrorisme (celui des épiceries tapies dans l'ombre, probablement ?) et la pédo-pornographie, on place en douce un levier qui permettra de démolir n'importe quelle petite entreprise sur un claquement de doigts, puisque la Loi est désormais tellement compliquée, par la grâce des lobbies, qu'il est probablement impossible de la respecter à la perfection à chaque instant, surtout lorsque la structure est jeune et créative.

 

Bref, une arme très lourde contre tous ceux qui font reculer le chômage et qui sont déjà logés à une enseigne fort différente des multinationales, lesquelles peuvent échapper à tous les règlements en choisissant des implantations lointaines au gré des législations. Je me souviens personnellement de cette petite laiterie, installée dans une vallée préservée des Pyrénées, produisant des yaourts absolument délicieux... qui a subi 11 (!) contrôles des services vétérinaires au cours de la même année 2009. Un véritable harcèlement alors que -et c'est ça le plus important- RIEN, jamais, ne pouvait être reproché à leur procédés de fabrication ni à leurs produits, impeccables. Et cela pendant que de gros charcutiers français se révélaient être propriétaires (et le sont probablement toujours) de plusieurs élevages concentrationnaires de porcs au Mexique, qui ruinent la santé d'une région toute entière et fournissent en sortie une viande forcément dégradée, sans qu'aucun contrôle ne puisse jamais s'attaquer à eux.

http://www.tsr.ch/emissions/36-9/936031-h1n1-pourquoi-c-est-tombe-sur-les-mexicains.html 

 

Le système ultra-capitaliste, en fait, agit comme s'il était doté d'une volonté propre. Il tend de lui-même vers son "idéal" qui est celui d'un peuple esclave et jetable, employé à l'intérieur d'énormes entreprises, avec un chômage à haut niveau géré comme une torture psychologique, afin de maintenir les employés dans la peur de perdre leur emploi, et ainsi d'accepter plus facilement une constante hausse de productivité et dégradation de leurs conditions de vie.

 

Un espoir : l'Economie Sociale et Solidaire qui, sur le terrain micro-économique régional, cherche à sortir de ce cercle vicieux en replaçant l'homme au centre du système (et non plus le profit). Les collectivités locales se mobilisent parfois pour soutenir ces initiatives, il y a des réussites, mais curieusement: sous condition implicite de discrétion. Reste qu'un grand nombre sont torpillées par les clientélismes locaux, souvent liés aux grosses boîtes de la place. Ceux qui pourraient faire sortir nos régions de la crise sont ainsi régulièrement abattus par les snipers de l'ultra-capitalisme.

 

Le clip de l'Edition 2009 du Mois de l'ESS résumait à la perfection cette situation cauchemardesque. Mais combien de chômeurs ont-ils  entendu parler de cette manifestation, qui dans les faits est régulièrement marginalisée au lieu de faire l'objet du soutien massif qu'elle mériterait, en tant que levier d'optimisme actif et de solidarité contre la chute sociale que nous subissons ?


 

 

 

 

Ce n'est même pas utile de demander à qui profite le crime ? Nous le savons tous.

 

 

 

 

 

 

 

Texte Creative Commons : reproduction libre à condition de placer un lien vers cette page source.
 http://creativecommons.org/licenses/by-nd/3.0/deed.fr
 
 
 


Par Neige - Publié dans : L'obscurité est venue
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Jeudi 30 décembre 2010 4 30 /12 /Déc /2010 16:06

J'aime quand la terre n'en fait qu'à sa tête. C'est triste quand il y a beaucoup de casse, souvent dans les pays du Sud, hélas... mais parfois, c'est seulement un bon rappel de ce que nous sommes en réalité : une toute petite chose dans les mains de la nature.

 

Cette année, c'est comme si le Cercle polaire s'était déplacé jusqu'à nos latitudes.


Pourquoi ? Quelques pistes (non farfelues), ici : link

 

 

"L’homo-touristicus est un être étrange, "conditionné" et "conformiste", selon le sociologue. Pour lui, dans le tourisme, "la destination est plus importante que le déplacement", alors que le voyage peut commencer au pas de la porte. On en oublierait presque les distances et les aléas de la route. Pour preuve, "quand on va au ski, il faut que la neige soit au rendez-vous une fois sur place, mais si elle s’invite sur la route, c’est la catastrophe".
Dans le tourisme, on recrée des univers, où tout est apprêté, tout est confortable. La météo serait donc là pour nous ramener à la réalité."

 

Interview de Rodolphe Christin, auteur du Manuel de l’anti-tourisme.

 

 

Et là, il y a un truc qui me chiffonne méchamment...

 

J'ai entendu il y a deux ou trois jours, sur France Inter ou France Info, que nous étions déjà au bout de nos stocks de sel et de glycol pour cet hiver, vu le temps qu'il a fait. Que toutes les administrations concernées par le phénomène jugent la situation très critique. Et que ce n'est pas possible d'en acheter à l'étranger parce que c'est pareil à peu près partout dans l'hémisphère Nord (pour info, outre les violentes intempéries en Europe, les USA ont eu deux tempêtes de neige "historiques" en un mois - et en Russie, c'est en ce moment).

 

Donc, ce matin je cherche plus d'infos à ce sujet, et... rien. Rien de rien. Tout a disparu, même sur Internet. Subitement on ne dit plus un mot à ce sujet.


Alors que depuis plusieurs jours je surveille les prévisions à moyen terme de Météo France... et qu'une grosse vague neigeuse reste -obstinément- prévue pour le milieu de la semaine prochaine.

 

Citation :

 

----prevsem-proch.jpg

 

http://france.meteofrance.com/france/meteo?PREVISIONS_PORTLET.path=previsions/20110103120000LE

Pour les prévisions à moyen terme, cliquer sur jours suivants.

 

 

Alors, nul doute qu'ils sont en train de tenter de reconstituer leurs stocks en catastrophe, dans la mesure où c'est possible (et c'est là que le bât blesse, quand il s'agit de fournir à peu près tout le nord de la planète) mais pour le reste...Pourquoi on ne nous incite pas à nous préparer, à reporter nos éventuel voyages ?

 

Mon hypothèse est que ce genre d'infos fait du mal au commerce, au commerce du transport, en particulier.

 

Commerce-roi dans ce système où on nous a incités au déplacement constant, mobilité et tout le toutim, source de profits monstrueux. Donc même de simples infos météorologiques peuvent devenir des données sensibles, pour une Presse qui appartient presque entièrement à l'Industrie.

 

Ils préfèrent foncer à l'aveugle, compter sur la chance, laisser les gens s'engager dans des déplacements ultra-risqués (surtout s'il n'y a plus/peu de produits de déneigement) pour ne pas risquer une vague d'annulations... quitte à faire du dégât, des "naufragés" à récupérer, et tout le tremblement. Probablement, c'est ça.

Ce qui, franchement, n'est pas joli-joli.

 

Par Neige - Publié dans : Les Tablettes de l'Ermite - Communauté : Humanité et environnement
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Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 21:47

 

 

Julian Assange petit

   Julian Assange, porte-parole de Wikileaks

(Image Wikimédia Commons)

 

 

 

 

Quand j'entends Eric Besson dire qu'il souhaite expulser Wikileaks de France, je me dis qu'il aurait plus de chances de réussir s'il décidait un beau matin d'interdire à l'herbe d'être verte... ou plus précisément : s'il ordonnait à un tsunami de faire demi-tour.

 

 

Il s'ouvre désormais des centaines de miroirs, en temps réel... le blogueur bluetouff en tient une liste :

http://bluetouff.com/2010/12/03/acceder-a-wikileaks/

 

Un système de "miroirs dynamiques" est en train de se mettre en place :

http://wikileaks.indymedia.org/mass-mirror.html

 

Au contraire des premiers miroirs, qui sont une copie du site à un instant T, ils seront actualisés en temps réel par Wikileaks. Vous pouvez d'ores et déjà consulter la liste sur la page "Mirrors" de Wikileaks, sur les sites correctement mis à jour. Ici, par exemple :

http://wikileaks.indymedia.org/mirrors.html

 

Paypal n'était absolument pas indispensable au système de dons, qui peut passer par d'autres opérateurs, sans parler de la possibilité de virements directs (voir la page "Support" sur Wikileaks).

 

Paradoxalement, rien des actuelles révélations de Wikileaks ne semble être de nature à remettre en cause "l'ordre établi". Du moins, pour ceux d'entre nous qui n'étaient pas dupes du Storytelling et qui n'ont jamais cru ni aux "frappes chirurgicales" ni aux "commandos Marines défenseurs de la Démocratie". Par contre, pour ceux qui ont mouillé dedans, c'est une autre histoire. Aussi, tentent-ils d'arrêter la marée qui menace de tout submerger, en oubliant au passage les règles qui régissent les Etats de Droit, en particulier en matière de liberté d'expression. Edifiant.

 

Leur peur est un signe qui ne trompe pas : cette irruption brutale de la réalité dans le grand théâtre du mensonge est porteur de l'ultime menace, celle qui mettrait à bas tout le système en permettant à chacun d'examiner la pourriture des rouages et de savoir où, exactement, frapper pour faire écrouler l'ensemble. Nous venons d'entrer dans une nouvelle ère, celle où la peur change de camp. 

 

Et il paraît assez clair que les prochaines révélations, qui vont concerner Wall Street et la Bank of America sont "le grand coup" que préparent Assange et ses amis... Money Week fait ici, rapidement, le tour du problème - et conseille à ses lecteurs... de quitter le Titanic au plus vite. Bonne précaution, mais il n'est pas sûre qu'elle suffise. Parce qu'autour du Titanic, il n'y a plus rien, qu'une immensité glacée où dérivent des icebergs.

 

 

Wikileaks : La dénonciation du « règne de la corruption » fait trembler Wall Street

Le début d’année 2011 risque d’être fracassant outre-Atlantique : Julian Assange, le créateur du site Wikileaks, spécialisé dans la fuite d’informations, a promis de publier des documents compromettants sur les pratiques d’«une grande banque américaine».

Interviewé dans le magazine Forbes, l’Australien garantit des répercussions dignes de l’après-affaire Enron. Le Journal des finances relate certains de ses propos : « L’onde de choc sera la même. Des violations de la loi, des pratiques contraires à l’éthique vont être divulguées mais également le fonctionnement des structures internes de décisions et l’ethos des dirigeants des banques… et cela a une incroyable valeur ».

 

Intégrale de l'article :

http://www.moneyweek.fr/20101242965/actualites/actu-economie/assange-wikileaks-banques/

 

 

 

Il vaut mieux le savoir : Internet réagit comme un organisme vivant. Si nos gouvernants avaient été compétents et capables de prospective, ils auraient évité de se mettre à dos des millions d'informaticiens, de geeks, de nerds et de simples citoyens-internautes avec des fanfaronnades comme l'annonce d'ACTA. Fort heureusement pour nous, ils ne le sont pas. Mon petit doigt me dit que le spectacle va être grandiose.

 

 

EDITION vendredi 11 mars 2011

Finalement, Wikileaks n'a encore rien révélé sur les banques (alors même qu'il détient des données non encore publiées sur le sujet). C'est autre chose qui s'est passé: la fuite est devenue générale. Partout des citoyens échangent des infos en direct - et des documents accablants pour les voyous qui tiennent la planète sont régulièrement disponibles sur de nombreux sites.

Dernière réjouissance en date : l'ouverture de www.frenchleaks.fr par Médiapart.

Le pouvoir a changé de camp, même si 99% des gens n'ont pas les moyens de s'en rendre compte actuellement ; cette maturation cachée est parfois déprimante mais en mettant tous les éléments en perspective, le sens de l'Histoire est clair. La seule inconnue c'est : combien de temps avant le basculement et quelle forme prendra-t-il ? Croisons les doigts.

 

 

 

 

 

 

 

Par Neige - Publié dans : La Légende des Peuples Libres - Communauté : La Cyber-résistance
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Mercredi 4 août 2010 3 04 /08 /Août /2010 16:27

 

 

 

 

Tout le monde connait le texte de Martin Niemöller... on le retrouve copié sur Internet à maintes occasions en ce moment.

 

Quand ils sont venus chercher les communistes,

Je n'ai rien dit,

Je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,

Je n'ai rien dit,

Je n'étais pas syndicaliste...

 

Eh bien, pourtant, maintenant qu'ils martyrisent les Rroms, il n'y a pas grand monde non plus pour s'insurger ! La Pétition lancée par la Voix des Rroms démarre bien trop doucement... 

http://www.mesopinions.com/Pour-l-egalite-de-traitement-des-Rroms-et--gens-du-voyage--en-France-petition-petitions-97c5e40af4535c088c3154f4710fa689.html


Puis ils sont venus me chercher,

Et il ne restait personne pour protester... 

 

Pour une fois, frères humains, puisque l'occasion vous en est donnée : dites quelque chose !

 Signez et faites signer à vos amis.

 

Même si le destinataire de la pétition n'en tient aucun compte, comme c'est à craindre, au moins ferez-vous acte d'amitié et de soutien envers des personnes qui en ont un vrai besoin.

 

 

 

A voir aussi, un pur moment d'émerveillement : 

Le Peuple du Voyage raconté par Lévis Reinhardt, 12 ans,

arrière-petit-fils de Django et comédien-musicien

dans le film "Liberté !" de Tony Gatlif.

 


 
 


Par Neige - Publié dans : La Légende des Peuples Libres - Communauté : La Cyber-résistance
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Dimanche 1 mars 2009 7 01 /03 /Mars /2009 15:16

Autrefois, le ciment de notre pays était une "identité nationale", un idéal dont nous pouvions être heureux : "France, terre d'asile"... "France, pays des droits de l'Homme"

Aujourd'hui, nous avons un "Ministère de l'Identité nationale" et nous avons perdu tout cela.

Mais tant que nous croirons que le départ de Nicolas Sarkozy serait la solution de tous nos problèmes, nous serons comme ces médecins qui tentent d'atténuer les symptômes au lieu de soigner la cause.

Devant la peur, la grande peur de l'inconnu, certains hommes se replient dans la haine de l'autre, cherchent un coupable, désignent l'ennemi, l'étrange étranger qui est forcément responsable. Avec l'effondrement du système économique, nous avançons dans l'inimaginable, c'est la réalité. Mais cet écroulement inévitable, notre intuition nous en prévenait depuis longtemps, n'est-ce pas ?

Pourtant, le pire n'est jamais sûr, même quand il est probable.

Voilà un communiqué qui n'a pas échappé à nos élites :

4° trimestre 2009 - Début de la phase 5 de la crise systémique globale : la phase de dislocation géopolitique mondiale

...et voilà la réponse de ceux qui tiennent le pouvoir désormais : il est facile de voir que Nicolas Sarkozy n'est pas tout seul dans la mise en scène de cette visite d'usine, qui fait penser à une tranche de vie de l'ancienne URSS. Seuls ont changés les décors et les costumes, l'esprit est le même.





 merci à ARTE, à http://www.lesmotsontunsens.com/ et à http://www.sachonsle.canalblog.com/ 




Je publie rarement sur ce Journal, c'est vrai, on m'en a fait la remarque. Mais c'est tout à fait voulu:  je n'écris que lorsque quelque chose me semble suffisamment pertinent pour que je décide de poser une pierre blanche sur le chemin qu'empruntent mes observations - et mes tentatives de compréhension de la situation globale.

Aujourd'hui, tout ce que je peux constater, c'est que les humains ne sont pas à la hauteur de leur destin. Je ne peux apporter de réponse (comme il est d'usage), car je crois qu'à cet instant précis, il n'y en a pas. Sinon de ne pas renoncer à en chercher une, ensemble.


"Ils ont peur de l'enfer, mais l'enfer ils y sont déjà :
l'enfer, c'est qu'ils se craignent les uns les autres."


(ceux qui ont été attentifs aux bruits du monde ces dernières années connaissent l'origine de cette pensée)

Et je ne voudrais pas finir sans un hommage à un cinéaste qui ne cède pas à la peur, lui.
Welcome est sorti en salle le 11 mars 2009.








Par Neige - Publié dans : L'obscurité est venue
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 08:58

Lettre ouverte à tous ceux qui soutiennent les inculpés du 11 novembre

De Benjamin

Salut à tous,


C’est après trois semaines de décompression et un temps de réflexion, de lecture intensive de tout ce qui s’est dit sur cette affaire pendant que nous étions au trou, que j’entame l’écriture de cette lettre.

Je suis sorti de Fresnes voilà un peu plus de trois semaines maintenant, un peu déboussolé. Je ne m’attendais plus à être libéré aussi vite devant ce qui semblait être un traquenard si bien orchestré. Retrouver l’air du dehors et l’horizon du monde ont bien sûr été un grand soulagement, on s’habitue si vite à voir son existence bornée par des murs et des grilles, qu’il semble que ça fait des siècles quand bien même ça ne fait au fond que deux ou trois semaines. Je remercie du fond du cœur tous ceux qui se sont démenés pour nous sortir de là. Je suis sûr que malgré tout l’arbitraire qui entoure les décisions de justice, cette pression nourrie par les comités, les parents, amis et tous ceux qui ont senti à raison que cette affaire les concernait au plus près a eu un effet conséquent. J’aurais aimé pouvoir le faire d’une seule voix avec mes camarades co-inculpés mais comme vous le savez il nous est interdit de rentrer en contact d’une quelconque manière sous peine notamment de retourner en prison.


Mais je suis hanté d’une certitude : cette libération relève d’une «chance» inespérée, chance qui remonte à loin, celle d’une part d’être né blanc, d’avoir eu l’opportunité d’être diplômé, d’avoir des parents et des amis issus de cercles «privilégiés» dont la mobilisation a sans nul doute plus de chance d’être entendue que si j’étais né ailleurs et dans un autre milieu.

Je suis hanté bien sûr par le fait que deux de mes amis et camarades soient toujours incarcérés pour des motifs aussi rocambolesques, mais aussi par la pensée que des centaines d’autres personnes croisées notamment au cours de ma courte détention n’ont jamais eu cette «chance» et pour cause. Les prisons françaises ont englouti au cours des dernières années toute une frange de la jeunesse de ce pays, cette frange jugée inassimilable, sans cesse harcelée, toujours «déjà condamnée» et qui refuse toujours de rentrer dans les rangs étouffoirs de cette société. Un fait saute aux yeux quand on fréquente les cours de prison, une très claire majorité de détenus est composée par des jeunes des quartiers populaires, dont certains ont été abonnés aux séjours en prison. On remarque aussi le nombre effarant de personnes détenues, pour des périodes souvent très longues, sous le régime de la détention provisoire, régime dit «exceptionnel». 6 mois, 9 mois, 1 an, 2 ans, 3 ans, sans procès et bien souvent sans preuve tangible. C’est qu’il est sans doute plus compliqué d’avoir des «témoignages de moralité», des garanties de représentation recevables quant on vient de Villiers-le-Bel, Aubervilliers ou Bagneux, quand vos parents sont considérés comme étrangers, qu’ils ne maîtrisent pas la langue des magistrats et des media ou quand ils ne justifient pas d’une activité professionnelle stable et surtout reconnue.

Pas de misérabilisme toutefois, la solidarité se forge aussi derrière les murs des prisons, la politique pénale de ce gouvernement est en train de fabriquer une bombe à retardement. Plus on bourrera jusqu’à la gueule les geôles de ce pays, plus des destins vont s’y croiser et dresser des ponts entre tous ces milieux si savamment séparés à l’extérieur.

Le rapprochement entre les traitements politiques, policiers et médiatiques (cette triade tend à devenir une expression consacrée, peut être faudrait-il penser à les fusionner officiellement !), de l’affaire de Tarnac et celle de Villiers-le-Bel l’année dernière est pertinente à plus d’un titre…

Novembre 2005 (Clichy-sous-Bois), CPE, élection présidentielle, Villiers-le-Bel, LRU … deux parties de la jeunesse que tout a priori oppose, nourrissent conjointement la paranoïa du pouvoir.

La réponse ne se fait pas attendre et prend les même traits. D’un côté «lutte contre le règne des bandes» pour justifier la répression dans les quartiers après les émeutes, de l’autre, fabrication de toutes pièces d’une «mouvance anarcho-autonome», de «groupuscules d’ultra-gauche», comme repoussoirs à la révolte diffuse qui essaime au fil des mouvements de la jeunesse étudiante ou «précaire». Dans les deux cas, une politique de communication de longue haleine pour dessiner les contours de «l’ennemi intérieur», qui débouche bruyamment sur des opérations coup de poing sur-médiatisées. Démonstrations de force démesurées, curées médiatiques, embastillements purs et simples. Faut-il le rappeler, outre les inculpés et incarcérés multiples de novembre 2005, cinq personnes sont toujours incarcérées après le coup de filet de Villiers-le-Bel et attendent un procès qui ne vient pas, faute de preuves. Aujourd’hui c’est notre tour, mais la chasse aux dits «anarcho-autonomes» est ouverte depuis plus d’un an, six personnes au moins ont déjà été interpellées et entendues devant les juridictions anti-terroristes depuis décembre 2007 pour des faits ou des suspicions qui n’avaient jamais relevé d’un tel régime juridique jusque là. L’étau se resserre et tous les coups semblent désormais permis.

Il a déjà été développé largement dans les communiqués des comités de soutien à quel point le recours aux outils de l’anti-terrorisme représente un glissement significatif des procédés de gouvernement et de la «gestion» de la contestation. Des scénarii déjà vus dans plusieurs pays au cours des dernières années (États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Italie…) débarquent avec fracas en France et signent l’entrée dans un régime où l’exception devient la règle. Ces procédures n’ont la plupart du temps rien à voir avec le «terrorisme» et ce quelle que soit la définition qu’on en donne, elle répondent à la logique millénaire de «en réprimer un pour en apeurer cent». En d’autres temps on en aurait pendu «quelques-uns» à l’entrée de la ville, pour l’exemple.


Dans notre cas, il est très vite apparu que «l’affaire des sabotages de la SNCF» n’était qu’un prétexte opportun pour déployer au grand jour une opération de communication et de «neutralisation préventive» prévue de longue date (depuis l’arrivée de MAM au ministère de l’Intérieur). La rapidité de la mise en branle de «l’opération Taïga» et l’absence quasi totale d’éléments matériels au dossier, même après les perquisitions et les interrogatoires croisés, dévoile très vite à qui n’est pas occupé à hurler avec les loups, la grossièreté du montage policier. Il aura pourtant été fait de sévères efforts d’assaisonnement de cette histoire un peu fadasse, un «groupuscule en rupture de ban et s’adonnant à la clandestinité», un «chef incontesté», son «bras droit», ses «lieutenants», des «relations amicales» ménagées dans le village par «pure stratégie». Mais rien n’y fait les gens croient définitivement et heureusement plus «à ce qu’ils vivent qu’à ce qu’ils voient à la télé».

Une fois répondu pour chacun à la question de sa participation ou non aux «actes de dégradation» sur les caténaires de la SNCF, reste cet immense gloubi-boulga qu’est l’accusation d’«association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste». C’est d’ailleurs le seul chef d’accusation qui pèse sur la plupart des inculpés dont moi-même.

Ce chef d’inculpation repose sur un faisceau d’informations et d’hypothèses disparates, réunies par les services de renseignement, mais que seule une prose policière pour le moins imaginative permet d’articuler entre elles d’une manière aussi unilatérale. Les liens d’amitié, politiques chacun à leur manière, deviennent sans l’ombre d’un doute des affiliations organisationnelles voire hiérarchiques. On fait d’une série de rencontres, de la participation de quelques-uns à des manifestations, de la présence de certains autres relevée au cours des mouvements sociaux qui ont émaillé les dernières années, les présages de la raison d’être strictement «politique» (au sens le plus classique et plat du terme) d’un «groupe» identifiable et isolable comme «cellule» (cancéreuse ?). Cela est une contre-vérité absolue et détermine un certain nombre de contre-sens vis à vis de ce dont nous avons été diversement porteurs au fil des années.

Le délit d’«association» permet d’englober d’un seul coup l’entièreté de l’existence des personnes visées et tout peut y devenir un élément à charge : lectures, langues parlées, savoir-faire, relations à l’étranger, mobilité, absence de téléphone portable, rupture avec son «plan de carrière» où avec son extraction sociale, vie amoureuse et j’en passe.

L’utilisation de ces outils «antiterroristes» n’est finalement rien d’autre que l’indice de l’agressivité propre à tout pouvoir qui se sait de toutes parts menacé. Il ne s’agit pas tant de s’en indigner. Il s’agit en tout cas de ne pas, ou plus, être dupe de cette opération de police politique. Elle n’est que la tentative, des tenants du pouvoir, de communiquer au «corps social» leur propre paranoïa, qui, elle, n’est peut être pas totalement sans fondement.


On parle beaucoup autour de cette affaire de l’essai intitulé L’insurrection qui vient et tout le monde y va de son hypothèse pour dire QUI est derrière cette signature qu’est le «comité invisible». Cette question n’est intéressante que d’un point de vue strictement policier. Le choix éditorial d’anonymat qui a été fait doit être entendu, à mon avis, non comme une particulière paranoïa des auteurs (même si elle se trouverait aujourd’hui cent fois justifiée) mais par l’attachement à une parole essentiellement collective. Non pas la parole d’un collectif d’auteurs qu’on pourrait dénombrer, mais une parole qui s’est forgée dans les aléas d’un mouvement où la pensée ne saurait plus être attribuée à tel ou tel en tant qu’auteur.

Ce livre suscite beaucoup de désaccords, voire de réprobation y compris parmi nous qui avons pourtant fait l’effort de le lire et le comprendre. Il me semble que c’est l’objet même de l’écriture politique : mettre ce qui demande à être débattu sans délai au centre, le rendre incontournable, quitte à être cru et sans nuance.

Tous ceux qui, par ailleurs, prétendent savoir QUI est l’auteur de ce livre mentent purement et simplement ou prennent leur hypothèse pour la réalité.

Les «lectures» récentes de ce livre, notamment celle de la police et de quelques criminologues de salon posent à beaucoup la question de la «radicalité». Cette «radicalité» nous est renvoyée à nous comme trait d’identité, voire comme chef d’inculpation qui ne dit pas son nom. Je ne me sens pas particulièrement radical, au sens d’être prêt à accorder les constats, les pensées et les actes (ce que plus personne ne fait malheureusement et depuis longtemps). Par contre la situation est radicale et l’est de plus en plus. Elle détermine des mouvements de radicalisation diffus, qui ne doivent rien à quelque groupuscule que ce soit. Chaque jour dans mon activité d’épicier notamment ou quand je sers au bistrot, ou bien encore quand j’étais en prison, je discute, j’écoute ce qui se dit, se pense, se ressent, et je me sens parfois bien modéré face à la colère qui monte un peu partout. Ce gouvernement a sans doute raison d’avoir peur que la situation sociale lui échappe, mais nous ne servirons pas sa campagne de terreur préventive, car le vent tourne déjà. Il vient de Méditerranée.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, de doutes à lever, de manipulations à déjouer, mais tout ça ne fait que commencer. Ainsi ma position est en phase avec celle des comités de soutien qui fleurissent un peu partout : abandon des charges d’«entreprise terroriste» et d’«association de malfaiteurs», libération immédiate de Julien et Yldune et de tous ceux et celles qui sont incarcérés à ce titre, pour commencer…

Viendra le moment où on devra bien nous rendre des comptes pour le préjudice énorme qu’on nous a fait subir, à nous, à Tarnac, mais aussi pour ce qui n’est qu’une provocation supplémentaire...

...à l’encontre de tout ce qui ne se résigne pas au désastre en cours.








Par Neige - Publié dans : La Légende des Peuples Libres
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